Humeurs montréalaises

Provocateur mais plein de doutes, Humeurs montréalaises commente l'actualité, sa vie, et tout ce qui tourne autour...

06 novembre 2009

«Le Projet Laramie» - Touchante analyse de l'homophobie américaine, 8/10

Le théâtre Agitato (?) présente à la salle Fred-Barry, jusqu'au vendredi 6 novembre, la pièce Le Projet Laramie, traduction d'un projet de Moises Kaufman, célèbre dramaturge new-yorkais.

La pièce est née d'un projet de Kaufman, qui voulait, avec une quinzaine d'étudiants en théâtre, se rendre à Laramie, Wyoming, pour interviewer les témoins du meurtre crapuleux de Matthew Sheppard, en octobre 1998.

Véritable second Stonewall pour le mouvement gay, cet acte horrible avait permis de jeter un oeil différent sur l'homophobie qui sévit dans l'Amérique profonde, et la pièce fait partie de ces discours qui nous permettent de mieux comprendre ce qui s'est passé, et comment les habitants de la place ont réagi.

Donc, pendant le spectacle, on suit une quinzaine de comédiens qui interprètent les 40 rôles, raconter à travers les voix des témoignages recueillis par les étudiants de Kaufman, leur version des faits, comment la vie à Laramie en a été bouleversée, comment ils ont accueilli la nouvelle...

L'ensemble est bouleversant. Les passages les plus forts du texte sont ceux qui tournent autour de la description sordide, et ceux qui montrent comment le mouvement gay a fait taire en chantant les extrémistes de droite qui protestaient devant le palais de justice où avait lieu le procès de deux meurtriers. J'en ai pleuré.

La pièce pose des questions d'une intelligence raffinée: d'où origine l'homophobie? Comment peut-on en arriver à commettre un tel crime? Comment un petit village peut-il survivre à ces événements hypermédiatisés? Les médias ont-ils exagéré leur couverture?

Pour moi, la partie la plus intéressante est celle où l'on décortique la monstruosité des deux criminels.

Le crime, horrible et impardonnable, a été commis par deux hommes losers, et non par deux monstres. Ils avaient bu, ils ont fait croire qu'ils étaient gays pour embarquer Sheppard dans l'intention de le voler, mais devant les attouchements de Sheppard, ils ont craqué, l'ont tué, et ont tout tenté pour cacher le pauvre Matthew.  La monstruosité qui naît de rien. Le hasard qui est une vache.

Bouleversant, très bouleversant comme texte, et interprétation à la hauteur!

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17 octobre 2009

Pi...? - Rire de la mort

Pi_300x225Les Éternels pigistes nous ont habitués à des pièces où le comique n'empêche jamais les réflexions intelligentes, et Pi...? leur dernière création, répond encore une fois parfaitement aux attentes.

Écrite par Curieux Bégin, la pièce explore le thème de la mort à travers un personnage qui est revenu à la vie après avoir passé 17 grosses minutes dans une mort clinique.

Cinq personnages se retrouvent huit mois après l'événement pour un souper (très) bien arrosé où la femme du mort-vivant tente de ramener une vie normale dans son beau condo du Vieux-Mourial.

Du rire aux larmes, des évitements à la confrontation, la soirée réservera plusieurs surprises et prises de conscience...

En plus d'avoir composé une pièce intelligente, Bégin joue le mort-vivant de manière hallucinante. Quelle présence sur scène! Et tous les autres comédiens se surpassent également, notamment Isabelle Vincent, qui interprète une anglophone francisée à la perfection (notamment lors de ses tirades finales. ouf!). Et que dire de la sublime référence à la Cène de Da Vinci. Très pertinent!

Présentée à la Licorne, et en tournée pour tout l'hiver et le printemps à travers le Québec, Pi...? vous fera passer une belle heure et demie dans les méandres d'une bourgeoisie qu'on croit superficielle, mais qui ne l'est pas tant que ça.

Après tout, comme le dirait le personnage de Pier Paquette, hilarant en professeur d'université: «Je ne veux pas mourir. Y a rien après, et je veux profiter de tous les plaisirs».  C'est pas de l'aveuglement, ça, c'est du désespoir, et toute la pièce le transcrit très bien, avec humour, et sans jamais s'alourdir.

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01 octobre 2009

Fragments de mensonges VRAIMENT inutiles - 3/10

108319_fragments_mensonges_inutiles_met_sceneAvait-on besoin d'une autre preuve de la relation incestueuse entre les médias québécois et le théyâtre? Je l'ai trouvée...

Tous les commentaires que j'avais lus à propos de la denrière pièce de Michel Tremblay, Fragments de mensonges inutiles, étaient élogieux. Fugues, bien sûr, y voyait le retour du grand Tremblay, Radio-Canada s'extasiait, et La Presse faisait l'éloge d'un texte fort.

Or, rien de tout cela. Que d'ennui devant ces dialogues où tout est dit, où tout est verbalisé...

Vous connaissez l'histoire? Deux adolescents gays de 1959 et 2009 vivent les tourments qui entourent leur affirmation sexuelle. Dans un cas, des parents abasourdis et un curé accusateur. De l'autre des parents trop compréhensifs et un psychologue fatiguant.

Ce qui irrite dans la pièce, ce sont vraiment les dialogues (ce qui est quand même une grosse partie de l'affaire!): «Je suis donc tanné que vous vous occupiez de moi, je veux vivre ça tout seul, papa, t'es un homme rose...»  ZZZZZZZZZZZZZZ...

Rien de subtil, aucun trait de mise en scène brillante. Il y a bien un ou deux monologues des mères qui se démarque, mais c'est tout. La pièce est tellement construite autour de blocs fixes où les personnages miroirs se présentent sur scène (psy-curé, les deux gays, les deux mères) que Michel Tremblay n'a jamais pu trouver son souffle à travers son concept.

Grosse déception. Amère déception, puisqu'une pièce sur un tel sujet aurait pu donner quelque chose d'intéressant, mais non... au contraire, on se retrouve avec un guide pédagogique de «comment-réagir-à-la-triste-nouvelle-de-l'homosexualité-de-son-enfant» en huit étapes.

Mortel.

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22 septembre 2009

Metallica - Deviiiiiiiiiiiiiiiiiiil, fuck yeah!!!!!, 9/10

world_magnet_show_012Il y a de ces classiques auxquels on est content d'avoir assisté. Radiohead l'an dernier au parc Jean-Drapeau faisait partie de cette catégorie, et cette année, le World Magnetic Tour.

Metallica. Je les écoute depuis tellement longtemps, ils accompagnent mon jogging depuis des années, ils ont des fans partout dans le monde: des légendes, bref.

Hier, dans le confort d'une loge corpo, j'ai assisté à un des spectacles qui m'a le plus soulevé dans ma vie.

Il faut dire que Hedfield, Trujillo et Ullrich (et l'autre...) sont débordants d'énergie (regardez Hedfield sur la photo!), se déplacent de manière compulsive sur l'énorme scène rectangulaire installée au milieu du Centre Bell et haranguent juste assez le public pour le faire participer au max. «Come on, Motherfuckers, sing with us». «Wouhouhouuuuuuuuuuu!»

metallica_during_their_world_magnetic_tour_at_the_lg_arena_birmingham_413811665Le son est très fort, mais pour une rare fois au Centre Bell, ne nuit à peu près pas à la subtilité des chansons de Metallica. Leur art du contrepoint, du riff obstiné sur lequel on ajoute des solos débiles, une batterie démentielle: on perçoit à peu près tout.

Un spectacle unique, je crois. Un public complètement en fusion avec les musiciens. Un groupe historique.

Comme le titrait le Journal de Mourial, ils étaient «déchaînés». Leurs chansons du mythique Black Album (mon préféré, quoiqu'en disent les puristes) sont augmentées en rythme (notamment Sad But True, qui gagne en agressivité), et quand les briquets s'allument pour THe Unforgiven, les frissons, rien de moins, et les larmes (vous me connaissez...) nous poignent.

Même la très sympathique serveuse de la loge, qui avoue préférer Céline, aime!

Que voulez-vous? 25 ans de succès avec la même énergie qu'il y a 25 ans, on ne peut pas se tromper.

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08 septembre 2009

Mort de ce blog

Bonjour,  comme vous avez pu le constater depuis quelques jours, je n'écris plus.

Ce blog est donc mort de sa belle mort par faute de motivation.

Merci à tous d'avoir lu mes élucubrations pendant toutes ces années. Je vous aime!

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16 mai 2009

Poésie carnivore - Dévoré par la passion, 7/10

rogerlarueQuand on m'a dit que j'allais au nouveau Quat' Sous voir une pièce poétique, j'ai reculé, hésitant. Je n'aime pas la poésie, en général. Je suis un prosaïque, un gars de roman, un gars de regard critique. Le roman permet cette analyse fine. La poésie demande tellement d'implication émotive que d'engagement que je me croyais voué à l'ennui pendant deux heures.

Et bien non! Le spectacle (Dans Les Charbons, poésie carnivore) m'a conquis aussi rapidement que Wolfe a conquis Québec sur les Plaines! Après 20 minutes, la mise en scène m'avait convaincu de la valeur d'un exercice comme celui auqeul s'est livré Loui Mauffette, le concepteur.

Grosso modo, il s'agit de prendre une trentaine de poèmes de toutes les époques confondues. De les réunir par thème, et de penser à comment tous ces thèmes se relient. Entre chaque lecture, une petite mise en scène, un air de piano, une chorégraphie, installe l'ambiance. Et nous voilà repartis pour 15 secondes, ou 10 minutes.

Mes moments les plus touchants? Gaston Miron, Jacques Prévert, et une lecture absolument bouleversante de Kanaasuta, de Richard Desjardins. Sans parler de Roger La Rue, qui a interprété un poème de Michel Garneau sur l'absolue nécessité de créer sans cesse de laisser place à nos instincts poétiques, tout le temps, partout.

Ah! Le théâtre, c'est magique! Ça transforme tout en or...

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15 mai 2009

Slipknot et cie - Baissez le son, viarge! 4/10

Il y a une éternité que j'ai écrit sur ce blog. Le goût m'en a passé. À partir de maintenant, je vais utiliser cette plateforme comme aide-mémoire de ce que j'aurai vu comme trucs culturels uniquement. Et peut-être, une fois de temps en temps, du commentaire, mais bon, ça dépendra de mes humeurs... montréalaises...

Il y a quelques semaines, j'ai fréquenté le Centre Beau. Dans une loge, madame! J'y ai vu le spectacle le plus loud de ma vie. Trois groupes de death heavy metal. Il faut une première à tout.

Je ne peux malheureusement pas vous parler des spectacles de Three Inches of Blood, TRIVIUM et Slipknot parce que je n'ai rien entendu. Ils ont tellement crinqué le son que tout ce qui m'est venu aux oreilles, c'est le bruit des percussions, et encore, et surtout, surtout, celui de la distorsion.

J'ai cru percevoir, chez Slipknot, quelques notes par ci par là, mais rien vraiment pour dire que j'ai fait une découverte majeure et passionnante. Dommage...

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20 mars 2009

Starmania-opéra - Réinventer le coup de génie, 9/10

starmania_01_756588Rien, ou presque rien, n'est à critiquer dans la version opéra de Starmania, le chef-d'oeuvre qui a propulsé Luc Plamondon dans la stratosphère artistique en 1979.

J'ai TELLLLLLLLLLLLLLEMENT aimé le spectacle! Dès la première chanson, Monopolis, j'étais conquis. C'est plus vite que Québec en 1759 ça, faut le faire! Les larmes me sont venues aux yeux instantanément. Mélange de nostalgie, d'appréciation de la réécriture pour orchestre et choeur à 4 voix, de fierté pour cette oeuvre...

La suite n'allait que confirmer cette excellente première impression. Quelques chansons plus rapides dans la version originale bénéficient d'un traitement plus jazz et velouté, ce qui leur donne une toute nouvelle atmosphère, qui est appuyée par une mise en scène et un décor très urbain minimaliste, avec projections grand écran et couleurs suaves (noirs, orangés, blancs, bleus).

S'enfilent ensuite les grands succès, tous des moments qui sont venus me tirer les larmes: La serveuse automate, Le Blues du businessman, Ziggy, Les uns contre les autres, et, finalement, Stone, où l'incroyable Marie-Josée Lord, seule sur scène, abandonnée de tous et désillusionnée du monde, interprète sa déchirante vision du monde alors qu'un soleil gigantesque se lève.

Chaque seconde de cette chanson finale nous fait toucher au sublime, à la plus belle part de l'émotion, à la plus triste partie de la nature humaine, son désespoir, sa résignation.

Tous les chanteurs se donnent à fond, et la version classique ajoute même une touche d'humour dans Egotrip, où Simon Leclerc, le génialissime compositeur classique qui s'est attaqué à l'oeuvre, se laisse aller à une parodie d'opéra absolument hilarante.

Bref bref bref, je retrounerais voir ce spectacle n'importe quand, vraiment! Si vous avez ne serait-ce qu'un petit moment de disponible, allez le voir. Je sais que je dis ça quelques fois, mais là là, je vous en conjure. Ce seront parmi les trois heures les plus marquantes de votre vie.

J'en tremble encore.

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13 février 2009

«Coeur de chien» - Pus capable, les mises en scène vente de garage!, 5/10

On m'avait prévenu: «pièce difficile», «sens pas évident»... Ce n'est pas tellement ça qui m'a dérangé dans la pièce Coeur de chien présentée au Théâtre Prospero. Il me semble d'ailleurs que, sous une montagne de sens et de symboles, le sens est plus que limpide: le conflit entre classes sociales (lire ici capitalistes contre socialistes) se fait au détriment de l'humanisme, de l'humanité...

En tout cas. Ce qui m'a le plus dérangé, c'est cette manie qu'ont nos metteurs en scène (faute de budget, peut-être?) à aller chercher 34965 objets un peu partout et à les utiliser pour créer des dizaines de couches de symbole fatiguantes.

Tout ça traîne sur les côtés de la scène: deux vieilles poupées, trois escabeaux, une épée, des verres à shooter, des drapeaux, des livres, des souliers, des pantoufles en phantex, Aloueeeettte...Pas mêlant, on se croirait à la vente de garage de matante Monique qui, un bon matin, décide de tout rapailler le sous-sol pour se faire 43 piastres et 38 cents un samedi.

Cette profusion d'objets, cette multiplication potentielle de la symbolique (parce que la présence de chacun de ces objets est signifiante) nuit, à mon sens, à la concentration du spectateur.

Je prône personnellement l'épuration, le moins pour dire le plus, comme à la Licorne ou l'Espace libre, le plus souvent. Le trop-plein, ça devrait être réservé au comique. Qu'en pensez-vous?

Pour le reste, la pièce n'est pas un ratage complet. Paul Ahmarani est extraordinaire dans son rôle de chien-homme (faut le voir pour le croire), tout comme le reste de la distribution, vraiment intense du début à la fin. Mais le texte, écrit en 1925, et publié en 1987 pour cause de propos très scandaleux face au régime soviet), aurait pu être coupé d'au moins 45 minutes. Des longueurs se multiplient, notamment en raison d'intermèdes chantés parfaitement inutiles, ce qui nuit à l'efficacité de la critique sociale contenue dans les dialogues.

Jusqu'au 14 février.
Théâtre de La Veillée, 1371 rue Ontario.

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13 décembre 2008

Tina Turner: simply the best!

turnerQuand Tendre moitié m'a dit qu'on allait voir la diva de 69 ans au Centre Bell, j'étais sceptique. Oui, je connaissais quelques chansons, mais sans plus. Je n'avais que le souvenir d'avoir fait un mois complet sur elle dans un cours d'anglais en sec. 3 et que ma prof était scandalisée par tous les affronts qu'elle avait subis avec son mari Ike.

Mais quelle surprise! Ce que j'ai le plus aimé: Tina garde le meilleur pour la fin: la chanson Nutbush, qu'elle interprète sur une espèce de bras canadien qui la détache de la scène d'un bon 25 mètres et lui fait faire le tour du centre Bell! Spectaculaire! La foule était en délire.

Elle ne se casse d'ailleurs pas la tête et nous dit que son spectacle est un recap de sa carrière, avec tous les succès: Simply the Best (divine interprétation), What's love gotta do with it, Be good to me (sublime!), We dont need another Hero.

Tina est en forme, sa voix, encore extraordinaire, et sa présence sur scène... Ouf!

Elle est peut-être moins grouillante qu'avant sur scène, mais elle se réserve quelques moments où elle danse avec ses quatre danseuses hyper shapées. Quand cela arrive, une danse à cinq synchro, comme sur la photo, c'est encore une fois le délire. Raging Granny! Go girl!

Le meilleur spectacle de mon année assurément.

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