18 juillet 2008
I'm not there: découvrir Bob Dylan de la bonne façon! - 8/10
Ce n'est pas un film facile. Je n'en ai pas compris la moitié, et plus, probablement. Mais I'm not there, de Todd Haynes, est un objet artistique d'un rare raffinement, d'une grande beauté poétique, qui suit le parcours du chanteur Bob Dylan en proposant l'audacieuse piste qu'il a, tout au long de sa carrière, changé sa personnalité de nombreuses fois.
Pour rendre justice à ce précepte de base, le réalisateur a engagé sept acteurs pour prendre les différents aspects de son moi: acteur (Heath Ledger), poète, preacher (Christian Bale) et chanteur désabusé (l'incroyable Cate Blanchet, que l'on voit sur la photo).
Le film fait se croiser les diverses personnalités de Dylan, et par conséquent les époques. Un néophyte du répertoire Dylan comme je suis a réussi de peine et de misère, mais a quand même saisi l'essentiel, je crois. Le petit gars du sud qu'était Dylan s'est d'abord essayé au blues, ensuite a changé pour la chanson engagée, s'en est éloigné pour faire plus de l'introspection, et s'est réfugié, dans les dernières décennies, dans les trucs plus religieux. Un parcours eclectique qu'il faisait bon découvrir.
En fait, tout est dans la manière! C'est la première fois qu'un film auquel je ne comprends pas grand-chose m'hypnotise de la sorte. Je n'ai pu l'arrêter, tant l'effort esthétique est remarquable, probant.
Et bon, on voit pas mal Cate Blanchett, et je dois avouer que j'ai un faible pour elle, faible que m'a transmis Tendre moitié, qui la vénère comme la déesse féminine des actrices!
Borderline: correct - 6/10
J'avais tellement détesté Elles étaient cinq, de la réalisatrice Lyne Charlebois, que j'avais des peurs pour son nouveau film intitulé Borderline, que j'ai loué ce soir.
Or, même si ce nouvel opus n'a rien du chef-d'oeuvre, on est quand même bien loin de la mauvaise direction d'acteurs, du scénario cliché et des dialogues insipides qui caractérisaient Elles étaient cinq.
L'histoire s'intéresse au personnage de Kiki Labrèche, jouée par Isabelle Blais. On y suit les péripéties amoureuses de cette femme de trente ans élevée par une mère folle et une grand-mère paranoïaque (excellente Angèle Coutu). De l'ensemble, la relation qu'elle entretient avec son prof d'université (Jean-Hugues Anglade) ressort du lot. On y évite les sentiments faciles et les explications sommaires. Très subtil.
Disons en résumé qu'il s'agit d'un scénario intéressant, basé sur une accumulation de flashbacks fort bien amenés, d'un personnage principal pas banal et peu cliché et d'une réalisation assez dynamique.
Par contre, le film en soi ne m'a pas tant parlé. Il y avait un je-ne-sais-quoi qui m'énervait, cette tendance que je sentais à vouloir faire LA belle scène sans qu'on prenne le temps de la pousser jusqu'au bout de ses possibilités. Ce que je viens de dire sonne cliché, peut-être, je vous l'accorde, mais n'empêche que l'émotion n'a pas été au rendez-vous dans ce film qui traite pourtant de sujets sérieux comme la maladie mentale, l'influence de l'enfance dans l'identité actuelle et la quête identitaire.
Dommage.
17 juillet 2008
Un son (d'omar Khadr) vaut 1000 mots
«Yahoumi (ou Yazoumi?)», criait le pauvre petit Omar Khadr, 16 ans, dans sa cellule de Guantanamo, alors que les services secrets canadiens l'interrogeaient. Yazoumi, maman en arabe.
Avant de voir cette vidéo diffusée hier aux nouvelles, je n'avais qu'un très faible intérêt pour cette histoire de Canadien détenu dans la prison à torture des Américains. Certes, je dénonçais le principe derrière la prison, l'abus de pouvoir, mais de manière générale, et assez détachée.
Maintenant, tout a changé. Le fait d'entendre la voix déchirée de ce petit garçon m'a bouleversé. Esseulé, isolé, maintenu dans des états de réveil artificiels pour le torturer, Omar Khadr n'était plus cet enjeu politique abstrait, il était devenu un homme (et encore), un être humain, fragile.
Mes profs de journalisme avaient donc raison à l'UdeM. Une nouvelle humaine touchera toujours plus le public qu'un concept abstrait. Merde! Un autre coup dans mon idéalisme...
***
Comme le soulignait si justement Mario Roy dans son éditorial de La Presse ce matin, la décision de rapatrier Khadr n'a rien à voir avec la gentillesse ou non de sa famille, ses actes passés (son passé violent dans les camps d'Al Qaïda, entre autres) ou sa capacité à devenir un agent d'assurance dans trois ans (celle-là est de moi...).
Non! Il faut rapatrier Omar Khadr pour que la justice canadienne fasse son travail. Il faut rapatrier Omar Khadr parce que tous les autres pays occidentaux ont repris les condamnés de Guantanamo pour les juger eux-mêmes. Il faut rapatrier Omar Khadr parce que même la Cour suprême des USA a dénoncé le caractère profondément inhumain de la prison de Guantanamo.
Rapatrier, parce que le laisser à Guantanamo équivaut à dire que le gouvernemant canadien approuve la torture, qu'il laisse les militaires américains faire ce qu'ils veulent des ressortissants canadiens.
Ce dossier commence à être une honte pour l'ensemble de la diplomatie canadienne, qui plie les genoux devant Washington, qui ferme les yeux et qui joue à l'autruche en faisant croire que c'est une question judiciaire, et non politique.
16 juillet 2008
Hulk: pour l'air climatisé - 3/10
J'ai vu le tout nouveau The Incredible Hulk à Chicago la semaine dernière pour prendre une pause de la température accablante qui nous poursuivait depuis trop longtemps. Comme prévu, c'est mauvais et prévisible, mais quand même, tout juste assez bien raconté pour ne pas être un navet de première catégorie...
Dans la version de Louis Leterrier (Ang Lee avait commis le sien en 2003), Edward Norton incarne Bruce Banner, qui vit en exil. Le début est très dynamique. Plans à la 24, vitesse de montage, discours double, quelques flous persistent sur les raisons de l'exil.
Mais très rapidement, cette belle multiplicité des lignes narratives se fond en une seule et même histoire, prévisible, où Bruce Banner, qui doit contenir sa colère pour ne pas se transformer en mutant, se sauve du gouvernement, où le gouvernement le chasse avec son meilleur policier, où des labos de biochimie s'en mêlent, où des combats à n'en plus finir donnent lieu à des scènes criardes de musique, où les valeurs américaines de self-determination et de courage sont célébrées, etc, etc. Zzzz.
On ne nous épargne pas la musique. Oh que non, Madelon! Il ne se passe pas une minute sans qu'une musique n'accompagen et illustre l'émotion du personnage principal. J'aurais pu écouter le film les yeux fermés, bordel. Hulk en colère; sortez les trompettes! Hulk en combat; sortez les timbales! Hulk doute de ses forces; sortez les flûtes! Hulk dit les vraies affaaaaiiires à sa blonde; sortez les violons!
Même le superbe comédien Edward Norton (American History X, Fight Club) en perd son latin dans ce charabia de clichés et est à la limite du supportable...
L'air climatisé était toutefois fort apprécié. Si c'est surtout ça que vous cherchez, choisissez The Incredible Hulk. Le film ne nuira pas à votre jouissance!
15 juillet 2008
Vive le ragoût, le steak, le gazon, le vélo... mais pas dans cet ordre
Chers lecteurs, merci d'avoir lu mes péripéties de la semaine dernière.
Voici quelques notes finales sur mon voyage en auto à Chicago.
Steak: samedi soir dernier, souper à la Morton's Steakhouse de Chicago, un endroit bien en vue où, paraît-il, Al Capone aimait bien déguster sa viande. Elle était par ailleurs délicieuse, mais un peu trop chère à mon goût.
Vélo: balade en vélo dimanche de 9h à 14h. Tendre moitié et moi profitons d'une piste cyclable de 30 kilomètres le long des berges du lac Michigan. Le vélo nous permet d'avoir un coup d'oeil rapide et intéressant du skyline, du Lincoln Park (superbe grand parc un peu au nord), des plages et des nombreux monuments qui s'alignent le long du lac. Mobilité, visibilité, plaisir et journée superbe à 24 degrés Celsius. Nous sommes ravis.
Gazon: le soir, après une sieste de deux heures de votre interlocuteur, nous quittons pour manger dans un indigeste fast food et aller «voir» un concert de musique classique au Millenium Park. Je dis bien voir entre guillemets parce qu'il y avait bien là, en plus de l'amphi de 4000 places, 12000 personnes sur la pelouse. Mais, avec un excellent son, aucun problème d'écoute. Même que, lire du Kundera à Chicago (une ville que l'auteur tchèque affectionne particulièrement, d'ailleurs) en écoutant du Bach et en regardant les nuages défiler (j'ai vu une mappemonde une fois), c'est particulièrement jouissif.
Ragoût: Nous sommes revenus lundi en faisant un détour à Detroit et dans un de ses casinos (ville moche, comme Buffalo, mais en plus gros). À environ deux heures du matin, je perds un peu la raison. Je suis semi-conscient, et pendant que je parle à Tendre moitié de choses et d'autres, je perds la carte et lui dis, en plein milieu d'une discussion sur la politique américaine: «J'aime le poulet et le ragoût». Fêlé, comme je le suis toujours!
Merci de m'avoir lu.
13 juillet 2008
Show me the Monet, bordel!
Samedi soir, souper à la très célèbre Morton's Steakhouse. Du moins, le nombre de touristes japonais qui sont venus la poser nous ont en quelque sorte mis la puce à l'oreille. Délicieux crab cake en entrée, excellent filet mignon (pour Tendre moitié) et Chicago Style Steak (pour moi, 22 onces...) accompagnés de mashed potatoes avec trop d'ail. Avec un Ripasso, la facture est montée à 200$, ce qui est à mon avis trop cher payé pour un repas de ce genre, mais, que voulez-vous, on est là, alors profitons de la culture locale.
Dans l'après-midi, séance de magasinage assez peu fructueuse. Disons que quand on annonce une «huge 70% sale» en vitrine, c'est surtout pour vanter qu'il y a un rack dans le fond du magasin avec tous les morceaux rejets des dix dernières années... Tout de suite après cela, pause-cinéma pour voir Hulk! Un mot: mauvais.
Notre visite à l'incontournable Arts Institute de Chicago pour voir la collection incroyable de Monet, Manet, Renoir, Degas, Seurat et cie ne s'est pas déroulée comme prévue parce que la collection incroyable de Monet, Manet, Renoir, Degas, Seurat et cie était à 90% serrée en vue d'importants travaux de rénovation. Beau musée, mais bon, sans les grandes vedettes, ça manque de punch un peu.
Mon coup de coeur du matin, le Millenium Park! Quel beau parc! Inauguré en 2004, il constitue une véritable oeuvre d'art en soi. D'abord, on a l'oeil attiré par le gigantesque auditorium conçu par Frank Gehry (voir photo du haut). Ses lignes courbes nous en mettent plein la vue. Ensuite, la grosse fève en miroir que vous voyez sur la 2e photo, située en plein coeur du parc, fait pousser les hauts cris de la masse de touristes qui la voient pour la première fois. De beaux effets d'optique. Finalement, à côté de beaux jardins (je ne les ai quand même pas visités!), deux murs constituent la Clark's Fountain (?), où des projections vidéos de visages sont projetés sur deux murs de briques en verre qui crachent de l'eau (3e photo!).
J'aime de plus en plus Chicago, son beat, son architecture, ses quartiers plus éloignés du centre-ville. C'est à mon sens la ville la plus vibrante des USA, sans l'achalandage monstre de New York, sans l'aspect un peu austère de Washington, sans les côtes de San Francisco. Anytime!
12 juillet 2008
En érection à Chicago
Nous sommes à Chicago depuis deux jours seulement et déjà, des dizaines de fois, j'ai pu apprécier la vigueur de la ville des vents,. Des dizaines de tours à condo sont en érection (quand je travaillais à la SRC, c'était le running gag de mettre le terme «érection» le plus souvent dans nos textes...), toujours dans le respect le plus complet de l'harmonie hallucinante de la ville.
Cet après-midi, Tendre moitié et moi avons parcouru les eaux de la rivière Charles en bateau à l'occasion d'un tour guidé. Art Deco, Moderne, Postmoderne sont les styles les plus prisés des très nombreux gratte-ciel de la ville, qui s'accumulent dans un agencement parfaitement agréable à l'oeil. Sur la photo, on voit deux tours en rondeur, un gratte-ciel épuré de Mies VanderRohe et la tour Trump, plus postmoderne.
Si vous y allez, je vous conseille très fortement ce tour de bateau, qui vous montre à quel point Chicago s'est rebâtie rapidement après l'incendie de 1871 qui a presque tout détruit de la ville.
Pour ce qui est de ce soir, nous sortons dans le quartier gay. Souper, boisson et danse, si Tendre moitié se sent en forme, nous mèneront probablement aux petites heures. À demain :).
11 juillet 2008
Coups de foudre
Au premier coup d'oeil, c'est-à-dire après en avoir parcouru seulement quelques avenues et gravi la Sears Tower, Chicago m'apparaît déjà comme une ville extraordinaire. Plus belle que New York et tout aussi impressionnante, elle charme tout visiteur qui y met les pieds. La rivière qui la traverse et les nombreux ponts qui permettent d'en traverser les deux rives donnent à l'ensemble une touche bucolique, surtout qu'on a aménagé les berges (une rareté, en Amérique du Nord)!
Par ailleurs, dans la soirée, Tendre moitié et moi avons assisté à un concert au Ravinia Festival, en banlieue. Bien qu'il nous ait fallu une heure pour parcourir 30 km (en pleine heure de pointe), l'attente valait la peine. Pendant ce concert exclusivement consacré aux oeuvres de Serguei Rachmaninoff (notamment son fameux 3e concerto pour piano, nous avons eu droit à une exécution parfaite du Chicago SYmphony Orchestra, un orchestre que j'ai si souvent entendu sur disque et à la radio que j'étais ému juste d'être dans la salle.
Présenté à l'extérieur sous un toit, le concert s'est déroulé pendant un IMMENSE orage électrique. Alors, à tout moment, pendant la prestation, des éclairs venaient éclairer subitement la salle, et du tonnerre ponctuati le rythme de la musique. C'était divin!
10 juillet 2008
You won't get bored in the USA!
Oh non monsieur! Les Américains ne vous laisseront jamais penser par vous-même!
Exemple1 : au restaurant d'Indiana où nous avons soupé mercredi soir (le très chic Applebee's!), l'hôtesse qui nous a assigné notre siège nous a avisés que si on voulait quelque chose, on n'avait qu'à appuyer sur le bouton d'une machine placée sur la table et il était GARANTI QUE QUELQU'UN VIENDRAIT NOUS VOIR EN UNE MINUTE MAXIMUM.
Exemple 2: au Rock and Roll Hall of Fame de Cleveland, visité mercredi midi, aucun temps mort de musique. SI une musique arrête, c'est pour faire place à un vidéo. Et dans les films informatifs, par ailleurs fort agréables et même émouvants, on nous présente l'information au rythme de 4 images par seconde. Hallucinant, dans le vrai sens du terme.
Exemple 3: la facture du restaurant est toujours sur la table avant qu'on ait pris la dernière bouchée. Personnellement, j'adore, parce qu'après avoir payé, je peux quitter à tout moment. Je sais par contre que certaines saintes-nitouches québécoises se scandaliseraient de la chose: «Oh! On dirait qu'ils veulent que je m'en aille...» Ou encore: «C'est quoi, je mange pas assez vite?»
Non, chers amis, vous ne vous ennuierez pas aux États-Unis. Tout est prévu pour l'homme (ou la femme) hyperactif et hypercaféiné qui y est légion. Land of the free? Non... Land of the fast!
Demain, nous arrivons à Chicago, et j'ai vraiment très hâte, surtout considérant la réputation que cette ville a acquise dans mon esprit depuis que tout le monde qui y est allé m'a dit qu'il s'agissait, et de loin, de la meilleure ville du pays!
09 juillet 2008
C'est mon dernier parc d'attraction
Il en va de l'amour des parcs d'attraction comme de celui de l'alcool, de la drogue, du jeu ou de tout autre plaisir qui peut se goûter avec excès: l'anticipation rend euphorique, la consommation, extatique, et la finale, plutôt pensif.
Après une visite au très célèbre parc Cedar Point, à une heure de Cleveland, où nous crèchons jusqu'à demain, Tendre moitié et moi avons éprouvé des nausées dues à une surconsommation de manèges et un léger coup de froid dû au fait que la journée, qui avait commencé à 38 degrés au soleil s'est terminé à 15 degrés sous la pluie!
Alors, je le dis tout de suite, Cedar Point était mon dernier parc d'attraction, comme le dernier Pot Mason que j'ai bu était le dernier, jusqu'au suivant. En tout cas, actuellement, avec la gorge en feu parce que j'ai trop crié et les amygdales surgonflées, je ne veux pas en entendre un me proposer une sortie à la Ronde cette année!
De toute façon, Cedar Point avait tout pour me combler.
- Millenium Force: une montagne russe avec une chute quasi-verticale de 500 pieds
- Top Thrill Dragsters: une accélération de 180 km-h en 4 secondes
- Magnum: aussi gros, ou presque, que le Millenium
- MaxAir: un astronef gigantesque qui va d'un bord et de l'autre en vous faisant tourner (juste en parler et j'ai mal au coeur)
Une bien belle journée, malgré tout, malgré la pluie, malgré la très longue attente (presque deux heures) au Top Thrill Dragster...
Un resto avec vin pour finir la journée a été fort apprécié, et cette appréciation en soi m'a rappelé qu'une bouteille de vin autour d'une bonne bouffe, c'est peut-être plus pépère, mais c'est certainement plus de mon âge :).
